Assistante sociale : une profession au coeur des parcours de vie

Sourire engageant, démarche énergique laissant entrevoir une personnalité tonique ; Carole, assistante sociale, nous accueille dans la chaleur de son tout nouveau bureau. Sa présence dans nos locaux depuis trois ans est aujourd'hui une évidence, tant sa fonction auprès de nos patients est essentielle. Toujours en effervescence, en rendez-vous, en déplacement, en entretien téléphonique,.... il nous a fallu également prendre rendez-vous et caler un moment sur son précieux agenda pour parvenir à l'écouter parler de son métier avec ferveur.

Un rôle phare

Ecouter, accompagner, rassurer, orienter...Les missions de l'assistante sociale en milieu hospitalier sont vastes. La particularité de l'insuffisance rénale, et du traitement par dialyse qui en découle, renvoie vers des problèmes complexes. En effet, cette maladie engendre des retentissements importants dans la vie familiale, personnelle et professionnelle. De plus, le patient se sent souvent incompris car sa maladie reste invisible aux yeux des autres , alors il culpabilise d'être fatigué et d'éprouver des difficultés au quotidien. On retrouve cette même incompréhension au niveau des instances et des professionnels : les assistantes sociales de secteur trouvent ces patients souvent "trop" malades, les caisses de sécu "pas assez", les médecins du travail méconnaissent les possibilités de prise en charge sociale...Il y a alors un réel isolement du patient face à un pan encore méconnu. Il faut alors désamorcer tout cela, amener à des réflexions sur des maintiens de poste ou des réaménagements, travailler avec les employeurs, les diverses caisses...

Sur le terrain, cela se traduit par une première approche de Carole auprès de chaque nouveau patient arrivant dans notre association. De ce premier contact avec les patients émergent alors des besoins de tous ordres. Les équipes soignantes sont également de plus en plus sensibilisées et interpellent l'assistante sociale à bon escient sur des cas précis. L'AIR, association d'aide aux insuffisants rénaux, sollicite également fréquemment Carole quand ses membres ont connaissance de situation catastrophique. Il y a donc aujourd'hui une belle complémentarité dans le recueil de ces besoins.

Un large éventail de domaines d'interventions

Il se dégage alors plusieurs domaines d'interventions. En tête de liste, on retrouve tous les dossiers nécessitant des accès aux droits : ouvertures de droits à la MDPH (carte invalidité, demande d'indemnité adulte handicapé...) ou des réactivations de droits (car interruption du versement des indemnités journalières par exemple). Le logement est aussi un thème de travail récurrent, que ce soit dans le maintien à domicile avec la mise en place d'aide ménagère ou par d'autre aménagement à envisager ; mais aussi parfois, dans la recherche d'un nouveau logement car des problèmes de mobilité sont apparus et qu'il est nécessaire de revoir l'environnement du patient. Le maintien du travail est également une des priorités de Carole, toutes les possibilités doivent être épluchées avec l'aide de la médecine du travail, des employeurs...Enfin, le suivi de budget est également un lourd labeur. Dettes, accumulation de factures impayées...suite à une dégradation ou à un arrêt brutal des ressources financières, des solutions avec les débiteurs doivent être trouvées, parfois des dossiers de surendettement sont à entreprendre avec la Banque de France....Tous ces cas de figure nécessitent de travailler avec un partenariat solide : les assistantes sociales de secteur, les partenaires "handicap", les conseillers en gérontologie, les caisses de retraite....sont autant d'intervenants précieux qui enrichissent le travail de Carole.

Une organisation structurée

Afin de mener à bien sa mission, Carole se construit un emploi du temps de ministre qui donne le tournis. Chaque matinée démarre par la collecte de nouvelles informations : relevé du courrier, des messages téléphoniques, des mails et des post it collés sur son bureau ...S'enchaînent ensuite les rencontres et les visites. "Les centres Altir Metz et Altir Maxéville sont de grosses structures qui drainent beaucoup de patients, nous explique Carole, je programme donc en systématique des temps de présence sur chacun de ces sites. Je continue aussi de me déplacer sur les autres centres afin d'aller à la rencontre des gens. Quand ils me connaissent, quand le contact est établi, il est plus facile pour eux, comme pour moi de mettre à plat les difficultés rencontrées. Mais l'idéal reste pour moi le déplacement à domicile. C'est dans le cadre de vie de la personne qu'on peut saisir les enjeux de chaque problématique rencontrée. De plus, on gagne du temps, tout est facilité, la confidentialité est respectée, les gens sont plus à l'aise, les documents utiles sont sur place, on se rend ainsi pleinement compte de la réalité " Et après chaque rencontre, il y a la partie administrative qui occupe la place : courriers, dossiers à constituer, contacts et rdv à prendre, appels téléphoniques à donner....Quand on sait qu'un dossier APA (allocation personnalisée d'autonomie) demande environ 5 heures de travail, on comprend vite le tourbillon dans lequel on la voit évoluer.

Quand passion rime avec compétence

"Je suis salariée du CHU de Nancy qui me met à disposition de l'Altir à hauteur d'un mi-temps, nous confie Carole. Je suis ravie, j'aime ce travail à l'Altir car il me permet de faire un vrai travail social. A l'hôpital, on est confronté à une réalité économique : vider les lits au plus vite, il est donc difficile de suivre les situations que nous gérons. Pourtant les problèmes ne s'arrêtent pas à la sortie du CHU. A l'inverse, il y a ici, à l'Altir, une continuité dans la prise en charge et cela me plait. Toutefois, les besoins vont en grandissant, je cours de plus en plus à droite et à gauche avec l'impression de survoler les événements. Cela a un côté frustrant, la sensation de ne pas aller au fond des choses." Le dernier rapport d'activité parle de lui même : 223 patients ont bénéficié des services de Carole en 2011, soit 16% de plus qu'en 2010. Parmi eux, plus de la moitié se sont vus ouvrir des dossiers d'accès à des droits divers ; pour un quart des patients, une réévaluation des dispositifs déjà mis en place a été effectuée et les réajustements nécessaires réalisés ; et pour le quart restant, diverses interventions ont été entreprises (mesure de justice avec mise sous tutelle, scolarité, maintien domicile, famille, économie...).

Assistante sociale depuis 1995, Carole a démarré sa carrière en service de psychiatrie et en alcoologie au CHU. Puis, elle a exercé 6 ans au Conseil Général de Haute Marne où elle était polyvalente, avant de réintégrer le CHU de Nancy en 2003. Ses premiers rapports avec l'Altir datent de cette période où elle intervenait ponctuellement. Aujourd'hui membre de l'ASNEP (association des assistantes sociales de néphrologie : http://www.asnep.fr/ ) Carole s'investit à travers ce travail en réseau pour approfondir ses connaissances et compétences afin de développer sa spécialisation des questions liées à l'insuffisance rénale.

Et quand on lui demande de nous confier quelques bons moments, quelques perles vécues dans le cadre de son travail, le sourire inonde son visage. Il y a bien sur les demandes loufoques, des gens qui pensent pouvoir obtenir des aides financières pour tout, y compris sur le papier peint qu'ils doivent changer à leur domicile....Il y a aussi des situations scabreuses non avouables ou d'autres juste comiques comme quand elle s'est retrouvée en petits mocassins dans 20 cm de neige au fond des Vosges. Mais il y a surtout la demande en mariage d'un patient, qui trouvait tout naturel de proposer à Carole d'unir leurs solitudes si toutefois celle-ci n'avait pas été mariée...

En savoir plus sur le métier d'assistante sociale en néphrologie, article en pages 13-14 de la Revue Rein Echo n°10, avril/octobre 2011